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La Rota Vicentina : la plus belle randonnée du Portugal

J’ai entrepris ma randonnée sur la Rota Vicentina avec le cœur brisé.

Mon voyage avait été planifié bien avant ma rupture avec celui qui fut ma raison de déménager au Portugal. Or le moment était parfait, puisque le paysage absolument magnifique et l’accueil chaleureux de chaque village que j’ai traversé étaient exactement ce dont j’avais besoin pour commencer à remettre mon cœur sur pied.

Des sentiers dessinent depuis longtemps la côte de l’Alentejo et l’on y pratique la randonnée depuis tout aussi longtemps, mais ce n’est que dans les dernières années qu’un certain nombre de collectivités se sont réunies pour faire la promotion de la Rota Vicentina comme destination de voyage. Les sentiers sont maintenant bien signalisés, des hôtels et restaurants sont apparus et des bénévoles veillent au bon entretien de la route.

Il n’y a pas une seule Rota Vicentina. La route se compose plutôt d’un réseau de plus de 750 kilomètres de sentiers de randonnée pédestre et de vélo de montagne. Or, deux routes principales s’offrent aux randonneurs (comme moi et mon cœur brisé) qui veulent plonger en nature des jours durant.

Le chemin historique traverse les principaux villages de la région comme Porto Covo, Odemira et São Teotónio avant de quitter l’Alentejo pour rejoindre l’Algarve. Il se compose principalement de sentiers ruraux traversant de somptueuses forêts de chênes-lièges, des cours d’eau, des vallées et au printemps, des champs de fleurs sauvages jaunes. S’étendant sur 263 kilomètres, il se divise en 13 sections de sentiers faciles à aborder dans un décor bucolique.

Plus relevé, mais aussi plus spectaculaire, le sentier des pêcheurs épouse les falaises qui longent l’époustouflante côte vicentine. Il s’étend sur 226,5 km et se divise lui aussi en 13 sections. Le sable qui recouvre certaines de ses portions est aussi doux que celui d’une plage et la scène captivante des vagues qui se fendent sur les rochers compense le vent de front qui souffle souvent. Au moment où j’ai fait la randonnée au printemps, le sol qui entoure le sentier était recouvert de plantes grasses aux fleurs mauve et jaune. (Appelées « pigface carpobrotus » dans leur Australie natale, elles sont indéniablement jolies, bien qu’elles soient une espèce envahissante.)

Ce voyage était précisément le remède dont j’avais besoin pour sortir de mes pensées, trouver du réconfort dans la beauté et la nature et remettre mes problèmes en perspective. L’aventure m’a aussi aidé à renouer avec le Portugal à un moment où beaucoup de mes amis américains me demandaient si je retournerais vivre aux États-Unis après ma mésaventure amoureuse. Il m’est impossible de quitter un pays si somptueux.

Les aventuriers aguerris parcourent toute la Rota Vicentina, faisant parfois du camping en chemin. Mais après presque deux décennies à écrire sur les voyages de luxe, j’ai pris goût au confort.

Heureusement, une variété d’hébergements se trouvent sur la route, dont certains petits hôtels exceptionnels. Justement, mon voyage a été organisé par un voyagiste appelé We Love Small Hotels, qui se spécialise en tourisme d’aventure douce — du type excursion épicurienne —; vous savez, avec de jolis petits hôtels pour une bonne douche et une bonne nuit de sommeil entre chaque journée de randonnée.

Pour se reposer pendant la journée, il suffit de descendre sur une des plages presque désertes des environs et y observer les surfeurs. Ces plages ne sont pas les plus séduisantes du Portugal : l’eau y est froide, l’air y est généralement plus frais qu’ailleurs et très peu de commodités y sont offertes. Mais c’est justement ce qui les rend si tranquilles, du moins au printemps ou en automne.

Et même si la côte vicentine est l’une des régions côtières les mieux préservées d’Europe, ses villages assez nombreux veillent à ce qu’il y ait toujours de la nourriture à proximité. (Nous sommes bien au Portugal; un délicieux repas n’est jamais bien loin.) Le poisson et les fruits de mer y sont renversants, et je rêve encore de la salade de pieuvre et du riz aux fruits de mer du Restaurante Azenha do Mar situé dans le village de pêche du même nom.

Bien que le sentier des pêcheurs s’étende jusqu’au Cabo de São Vicente, point le plus au sud-ouest d’Europe, j’ai terminé mon périple à Odeceixe, un village côtier qui délimite la frontière entre l’Alentejo et l’Algarve. La vue de la plage d’Odeceixe qui se dévoile à nous sur la Ponta em Branco est l’une des plus époustouflantes de tout le voyage. Transportée par le paysage et agréablement épuisée après une semaine de randonnée, j’ai tout oublié de mon chagrin.

Située à une heure à peine de Lisbonne et facilement accessible en avion à partir des États-Unis et du Canada, la région de l’Alentejo est unique dans toute l’Europe. Avec son propre dialecte, ses saveurs mauresques, ses villages aux maisons blanchies à la chaux et ses chansons uniques, les Portugais considèrent souvent l’Alentejo comme étant une nation à part entière. La plupart des villages semblent flotter au sommet de collines surplombant les plaines ou sur la longue côte atlantique coiffée d’un château. Des tours gothiques et des carreaux rouges s’élèvent de ses vénérables murs.

*Ann Abel est rédactrice et éditrice touristique depuis plus de 18 ans et elle a gagné des prix — dont beaucoup à titre d’éditrice en chef de ForbesLife — et écrit sur plus de 600 destinations et hôtels de luxe de 97 pays.

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