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A Raia: aux frontières du Portugal

Sans surprise, de nombreux touristes tâtent le terrain de l’Alentejo. Ornée d’un long littoral sablonneux bien conservé et protégé, cette vaste province du sud du Portugal est unique. Les plaines vallonnées à couper le souffle sont ponctuées de forêts de chênes-lièges, d’oliveraies, de vignobles et de villes fortifiées qui siègent au sommet des collines.  Une bande de terre de 290 km qui relie Marvão à Mértola demeure toutefois pratiquement inconnue des étrangers, et c’est bien dommage.  Portant le nom de « A Raia » en portugais (la bande), la région frontalière n’a pratiquement pas changé depuis le XIIIe siècle et le Traité d’Alcañices. La zone limitrophe de l’Alentejo parcourt 290 km du nord au sud, ce qui fait d’elle l’une des plus longues frontières continues d’Europe. C’est en 1143 qu’a officiellement débuté l’histoire du Portugal en tant que nation indépendante. Le Traité de Zamora, signé le 5 octobre 1143, a reconnu l’indépendance portugaise envers le Royaume de León, puisque l’Espagne a vu le jour seulement 350 ans plus tard.
 
Aujourd’hui situés sur une frontière ouverte, les villes et les villages de la région sont caractérisés par des relations commerciales, une fresque historique et des interactions culturelles uniques. La zone frontalière n’a son pendant nulle part ailleurs en Europe. Des châteaux, des couvents, des communautés agricoles et des champs vallonnés composent son paysage. Ici, les Portugais et les Espagnols prennent leurs repas côte à côté, se partagent la terre et développent une culture commune qui s’épanouit depuis l’ouverture de la frontière. Voici quelques endroits à voir à la Raia :


 
L’imposant château de Marvão surplombe le village de Santa Maria de Marvão, à quelques kilomètres de l’Espagne. Marvão est encore aujourd’hui un lieu de convergence, où se mêlent Celtes, Vettons, Romains lusitaniens, Suèves, Vandales, Wisigoths, Maures, Templiers et Portugais (et Castillans à l’occasion, malgré qu’ils ne soient pas les bienvenus). Il n’est pas rare d’y voir des visiteurs espagnols, ici et dans le joli village de Castelo de Vide, situé tout près.
 
Située naturellement en hauteur, Marvão est une ville fortifiée juchée au sommet d’une montagne de granit et bordée par la rivière Sever au sud et à l’ouest. En 1299, elle a été rebâtie par une jeune nation portugaise souhaitant dissuader les envahisseurs. Pour cette raison, un jeu de clé figure bien en vue sur les armoiries du village. Les murs et le château, intacts, laissent encore une impression d’invincibilité et de hauteur.  Lorsque le ciel est dégagé, le paysage s’étale sur des kilomètres à la ronde, offrant une vue impressionnante sur la vallée du Tage et sur la serra de Estrela au nord. Marvão, qui ne compte que 3000 habitants et qui est considérée comme la clé de la frontière, conserve son titre de « Mui Nobre e Sempre Leal Vila de Marvão » (ville très noble et toujours loyale).

 
 
 
Un vieux dicton porte sur la ville frontalière d’Elvas, elle aussi située dans la province d’Alentejo : « Elvas, avec vue sur Badajoz ». Autrefois, Elvas gardait la route vers Lisbonne. Elle a été lourdement refortifiée entre le XVIIe et le XIVe siècle pour offrir le plus grand système de remparts et de fossés secs du monde. Les murs massifs d’Elvas renferment une multitude de casernes et d’autres bâtiments militaires de même que des églises et des monastères. La cité a probablement toujours été fortifiée, mais de nouveaux forts et murs conçus par le père jésuite Cosmander ont été ajoutés pendant la guerre de Restauration, de sorte qu’Elvas représente le meilleur exemple conservé de fortification de l’école hollandaise à l’échelle mondiale. L’endroit comporte également l’aqueduc d’Amoreira, construit pour que la ville puisse résister aux longs sièges.
 
À l’heure actuelle, Elvas compte 23 000 habitants et une douzaine de petits forts. Le système défensif à fossés secs de la ville fortifiée est considéré comme un chef-d’œuvre. Le Patrimoine mondial le décrit comme « une démonstration exceptionnelle du désir de possession de terres et d’autonomie du Portugal, représentant les aspirations universelles des États-nations européens aux XVIe et XVIIe siècles ». La ville historique offre de nombreuses options d’hébergement. Les places principales offrent des boutiques et des endroits où manger de même que plusieurs kilomètres de murs à escalader et à explorer. La ville de Badajoz se trouvant à quelques kilomètres seulement, Elvas est souvent achalandée par des Espagnols en quête d’un restaurant, de magasinage ou de ventes à conclure. En cette nouvelle époque que vit la Raoa, les portes de la cité sont grandes ouvertes.

 

Barrancos est un village du sud de l’Alentejo dont la population est d’environ 1800 personnes. Établi à plus de 32 km de toute autre ville et limitrophe avec l’Espagne de trois côtés, Barrancos est unique.  Comme il s’agissait d’un bourg, aucune fortification n’y demeure.
 
Barrancos a été aux mains des Romains, des Wisigoths et des Maures et a été incorporé au Portugal en 1167. Barrancos a été refortifié en 1200 et a fait partie du chef-lieu de Noudar à partir de ce moment.  La ville s’est développée pour devenir un bourg, et depuis l’ouverture des frontières entre le Portugal et l’Espagne, est devenue en quelque sorte une réplique miniature de l’ONU. Sa rue principale achalandée est flanquée de boutiques et de cafés, et les habitants des alentours se parlent aussi bien en portugais et en espagnol. Tout le monde s’entend bien et se comprend sans difficulté. Possédant sa propre Appellation d’origine protégée (AOP), le jambo salé de Barrancos se détache du lot. En fait, de nombreux restaurants offrent un plat composé du fameux jambon régional, ou Presunto, accompagné d’une bouteille de vin rouge. Vous pouvez également goûter à l’açorda (ragoût de pain), qui fait la fierté de Barrancos. Essayez aussi les migas de Barrancos (miettes de pain rôties), préparées à partir du nourrissant pain local.

  
 
Mértola surprend les visiteurs grâce à son riche héritage et son exceptionnel emplacement naturel.  Faisant face à l’Espagne, la ville surplombe le fleuve Guadiana. Anciennement connue sous le nom Myrtillis Romana, la place s’est développée à l’époque romaine. Les vastes murs n’ont pas réussi à sauver la ville de l’assaut des Barbares qui a mis fin au règne romain de la péninsule ibérique.  Au VIIIe siècle, l’arrivée des Maures a donné le coup d’envoi à une nouvelle période de prospérité.  Puis, en 1238, le roi portugais Dom Sancho II a pris le château pour en faire don à l’Ordre de Saint-Jacques. En 1300, un nouveau château s’était élevé sur les ruines de celui qui l’avait précédé. L’Espagne se trouvant tout juste de l’autre côté du Guadiana, les murs sont demeurés en constante reconstruction. Aujourd’hui, Mértola est un bijou archéologique où les excavations permettent de découvrir les restes des nombreux dirigeants qu’a eus la ville au cours de 3000 dernières années. Ses murs renferment une magnifique ville prospère, où foisonnent les maisons modestes, les vieux canons et les fleurs. Sa vaste citerne et son château témoignent du passé belliqueux de la cité. Elle se targue également de la seule mosquée maure encore debout au Portugal. La mosquée carrée, qui sert aujourd’hui d’église, illustre de façon unique la fortune perdue du Portugal arabe.


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